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Petit ajout pour ceux qui auraient une culture littéraire élargie. Du genre à avoir lu plusieurs œuvres de Flaubert. Ou dont le nom de Nerval ou Pierre Loti leur rappellent des livres lus il y a certainement longtemps…
C’est qu’il y a un point commun entre ces auteurs et de nombreux autres du XIXe et XXe siècle : l’écriture de l’exotisme et de la décadence de Constantinople (Istanbul).
Quant à moi, à part Flaubert dont je n’ai lu aucun livre, tous ces noms étaient et demeurent assez inconnus. Mais je lis présentement un livre d’un auteur stambouliote renommé qui semble bien connaître ces oeuvres (Orhan Pamuk; livre acheté avant et pour le voyage). Et qui parle de l’Istanbul de son enfance, de ses ressemblances et de ses différences avec les nombreux récits de touristes et écrivains occidentaux qui ont tous senti le besoin ou le plaisir d’écrire sur la ville et ce qu’elle était devenue.
Deux images du livre m’ont frappé : la ville est un repaire de meutes de chiens et la ville n’est que tristesse, mélancolie et déclin.
la ville est un repaire de meutes de chiens
Il semble que les chiens faisaient tellement partie du paysage et semblaient si exotiques aux yeux des Occidentaux qu’ils en constituaient des portraits de cartes postales parmi les plus populaires.
Version 2008 : les chiens ont fait place aux chats
Nous n’avons vu aucune meute de chien. Je ne sais pas si nous avons vu seulement un chien.
Des chats par contre! Ils étaient partout. Petits, grands, abandonnés, à fouiller les ordures. Les plus petits avaient plus de chance, quémandant de la nourriture près des tables, confiants de ne pas se faire renvoyer manu militari par les serveurs ou touristes attendris, sinon amusés. Petits chatons qui vivront probablement une crise d’adolescence bien difficile lorsque leur côté mignon disparaitra…
Peut-être y a-t-il une hiérarchie où trônent les chiens. Mais la république turque a voulu (et réussi) à se débarrasser de ce symbole de pauvreté. Les chats ont vite rempli le vide. Il est à espérer qu’ils resteront car il est plus agréable de voir des chats de gouttières que des rats, l’animal qui vient probablement ensuite dans la hiérarchie.
la ville n’est que tristesse, mélancolie et déclin
L’auteur stambouliote raconte comment, dans son enfance, les maisons centenaires en bois disparaissaient les unes après les autres, par les flammes ou par négligence, ne laissant aucun héritage ni identité à la ville qui se reconstruisait en béton. Les gens étaient fatalistes et ne voyaient autour d’eux que ruine et gloire révolue.
Version 2008 : Le bruit de la construction cache celui de la mélancolie
N’ayant résidé que quatre jours et peu rencontré de Stambouliotes, il est difficile de se faire une idée sur l’humeur de sa population. Ceux qui travaillaient comme vendeur ou commis d’hôtel à qui nous avons parlé nous ont raconté qu’ils avaient essayé de quitter pour les Etats-Unis. Même pas l’Europe. Le rêve américain garde de son charme pour les autres…
Par contre, Céline a remarqué qu’il y avait toujours un bourdonnement de construction. De ces maisons traditionnelles en bois, nous en avons vu plusieurs rénovées, étrangement accoudées à celles qui en auraient bien besoin. Plusieurs, comme celle où nous résidions, servaient d’hôtels. Mais on sentait un regain de vitalité. Et près de la tour Galata, dans le quartier européen, on aurait justement pu se sentir dans n’importe quelle ville de la nouvelle union. Au revoir l’exotisme! Mais intéressant de voir cohabiter ainsi ces deux mondes.
Peut-être est-ce que ça vient simplement du fait qu’avec 18 millions de personnes, il faut nécessairement qu’il y ait une activité économique, sans que ça soit la renaissance de la gloire passée. Mais de nos yeux d’occidentaux à qui l’on râbache le déclin de l’empire américain (et quelque part, occidental), je n’ai pas ressenti qu’Istanbul coulait mais qu’elle semblait se relever, du moins se maintenir en l’état.
Istanbul! Ville vivante, fascinante par ses trésors passés, enivrante par son tourbillon d’activités et dynamique par sa jeunesse, prometteuse d’avenir.
On avait décidé de se plonger dans son univers le temps de 4 jours pour marquer le coup de notre première année de grand amour! Et je dois dire que ce choix ne nous a pas déçus. On nous avait avertis des taxis arnaquant les touristes et des commerçants harangueurs espérant convaincre ces mêmes touristes d’acheter tapis, bijoux, loukoums ou de choisir leur restaurant. Eh oui! On l’a bien vu et ressenti, mais Istanbul est tellement plus que cela…
On est arrivé vers minuit dans notre petit hôtel, choisi avec soin par Gaël (un autre choix judicieux!). Nous avons été accueilli par un géant blond ne parlant que très peu l’anglais (et pas le français du tout). Peut-être était-ce l’exigüité de la réception dans le sous-sol qui le faisait paraître si grand. Il faut dire que nous logions dans une maison turque rénovée en hôtel.
Nous avons tout de suite apprécié notre chambre, avec son charme à mille lieues des chambres aseptisées et identiques que l’on retrouve habituellement, en dégustant notre premier (et pas le dernier, foi de Céline) thé turc. On peut goûter au thé noir, mais aussi à un délicieux thé à la pomme ou autres tisanes.
Dès le lendemain, nous avons attaqué la visite d’Istanbul. Attaquer est probablement un des pires termes choisis car on a plutôt pris plutôt un rythme “gaëlien” mais que j’ai fort apprécié (et ce rythme m’a procuré un sentiment de liberté et d’aventure que je ne retrouve qu’en voyage. Et comme liberté ne rime pas avec voyage organisé, nous avons tout fait à notre propre allure. Surtout que les tours organisés à Istanbul se déroulent à vitesse grand V).
Mais d’abord, nous avons eu droit à un petit déjeuner copieux sur le toit de notre hôtel transformé en terrasse. Disons que l’on ne s’est pas plaint de la vue sur la mer de Marmara et la Mosquée Bleue.
Je laisse Gaël raconter mes prouesses “grenadiennes”!
Lors du tout premier déjeuner, nous avons décidé de goûter à une pomme grenade. Je me méfie beaucoup de ces fruits depuis que j’ai visité mon ami Louis qui, avant de me recevoir, avait décidé d’en faire exploser une (littéralement) dans sa cuisine. Comprenant que le nom de grenade était bien mieux choisi pour l’arme que la ville, j’avais commencé à la découper suspicieusement avec un couteau. Mais Céline, qui s’était fait belle avec sa veste blanche, décida de couper court à ma méthode hésitante. Mal lui en pris parce que le fruit a explosé en partie, éclaboussant en majorité le blanc de sa veste (mais ne vous inquiétez pas, elle a réussi à faire partir les tâches indélébiles qui ne l’étaient pas pour elle, don familial…).
Les deux premiers jours nous ont plongé dans l’histoire avec la visite de la Mosquée Bleue (nom touristique mais qui suggère avec justesse les magnifiques céramiques qui nous éblouissent dès l’entrée). L’écriture arabique est d’une douceur mystérieuse, contrastant avec l’écriture turque qui est devenue latine depuis l’instauration de la démocratie par Mustafa Kémal, qui réussit le tour de force de faire basculer l’empire ottoman directement en démocratie laïque après la première guerre mondiale.
Puis la Cisterna Basilica avec deux méduses romaines, une la tête en bas, inspiration selon Gaël, de ma manière de me sécher les cheveux…. La visite vaut en tout cas le détour… Imaginez que cela fut construit par l’empereur Justinien au 6è siècle pour alimenter Constantinople en eau potable.
Quant à la visite de Hagia Sofia, (basilique construite en 5 ans également par l’empereur Justinien), de ses 68 mètres, elle ne manque pas d’impressionner, même aujourd’hui. Il est difficile d’imaginer l’impression qu’elle donnait aux fidèles orthodoxes de l’époque romaine alors que le dôme était habité par une mosaïque du Christ Pancreator (qui a été une des seules figures remplacée par les Musulmans conquérants, qui ont conservé la plupart des images chrétiennes). Comme dans plusieurs merveilles d’Istanbul-ex-Constantinople-ex-Byzance, on apprécie une décoration assez simple, sans trop de dorures (ouh! la protestante qui parle…) mais avec un jeu subtil de différents marbres aux couleurs variées.
(A noter qu’il vaut mieux utiliser la lire turque que l’euro ici. Nous avions quant à nous 500 euros et 25 lires turques. Et les bureaux de change semblait fuir notre regard. Finalement, nous avons été bien soulagé de trouver un petit kiosque de la poste, près de la basilique Sainte-Sophie, qui servait aussi de bureau de change.
Nous en avons profité pour acheter quelques timbres pour des cartes postales. Malheureusement, avec tous les déménagements, nous n’avions plus beaucoup d’adresses. Pour ceux qui voudraient en recevoir, écrivez-nous votre adresse postale par courriel et vous pourrez en recevoir de jolies de Bruxelles ou de Prague!)
Le lendemain fut réservé au palais Topkapi. Juste grandiose! Cela donne presque envie de se laisser enfermer dans le harem (et là, ce n’est définitivement pas la coureuse qui parle…).
Pour vous messieurs, observez à la gauche de Gaël, les rangements prévus pour vos turbans majestueux. Certains de ces rangements comprenaient trois espaces dont un prévu pour une lampe à l’huile tenant les turbans au chaud.
On notera la ressemblance de famille
Mais éblouissement ou pas, pas question de rester enfermés dans le passé, alors hop! un petit saut au port d’Istanbul et vous êtes servis pour côtoyer l’énergie stambouliote actuelle.
Cela regorge de monde prêt à traverser vers une des 3 rives d’Istanbul, dont une en Asie. Cela se fait en traversier, inclus dans les transports publics. Si bien que pour 2 euros, on peut s’offrir un aller-retour pour l’ Asie! Et au coucher de soleil, avouez que c’est plutôt bien!
Fourmillements aussi de pêcheurs. On peut d’ailleurs déguster de bons sandwichs au poisson (balik) avec le poisson frais grillé devant vous.
Le jour suivant nous a permis de quitter Constantinople pour se plonger encore une fois dans l’Istanbul contemporaine. Imaginez que la ville est passée de 8 à 18 millons d’habitants en une dizaine d’années. Une grande majorité des gens sont musulmans, mais on est frappé par la tolérance envers les divers styles vestimentaires, comportementaux, gastronomiques, etc. Il n’est pas rare de voir une jeune fille habillée, disons avec une jupe courte, accompagner sa grand-mère avec longue robe et voile cachant toute sa chevelure. Et les restaurants près des mosquées n’offraient pas d’alcool, même si le rayon d’interdiction n’était pas très grand. La journée est marquée aussi par les temps de prière, clamée depuis les minarets (par haut-parleur au 21è siècle), qui n’a pas manqué de nous accueillir dès le premier matin à 6h (5h pour nous avec le décalage…). Cela a contribué à nous plonger dans un monde à mille lieues de Lausanne et sa vie réglée “suissement”.
On a donc repris le bateau pour aller vers la terrasse Pierre Loti, qui profitait de la vue pour se laisser inspirer. Un immense cimetière tapisse la colline avec une mosquée à ses pieds, lieu de pèlerinage, puisque un des porte-étendards de Mahomet, Eyüp, y est enterré. La mosquée est entourée de petites boutiques vendant toutes sortes d’objets religieux ou de délices gastronomiques turques que nous avons dégustées.
On a terminé l’après-midi dans l’Istanbul moderne branchée, où les boutiques ressemblent fortement à ce que l’on retrouve partout ailleurs en Europe. On en a profité pour prendre un verre alcoolisé (pas fréquent hors des lieux touristiques) avant de monter sur la tour Galata que l’on voit sur la photo du port, et qui donne une vue particulièrement intéressante sur l’immense Istanbul. On y a profité d’un autre magnifique coucher de soleil qui tombe rapidement à cette période de l’année, nous permettant de voir Istanbul illuminée la nuit.
Comme c’était le jour d’anniversaire de notre couple, nous nous sommes offerts un restaurant où nous avons apprécié un agneau cuisiné à la manière anatolienne et un poisson frais de la mer de Marmara grillé. Une autre journée bien réussie.
Avant de repartir pour Lausanne, on en a profité pour découvrir le Grand Bazar, la mosquée Süleymaniye, malheureusement en rénovation, mais dont on devinait la magnificence en visitant le tombeau du glorieux sultan Suliman Le Magnifique. Celui-ci avait demandé au fameux architecte Dinar de construire la mosquée pour qu’elle compétitionne avec Sainte-Sophie. Elle fut donc construit en 6 ans et semble être un des joyaux d’Istanbul.
Quatre jours, c’est assez court, mais grâce au charme stambouliote, nous nous sommes dès le premier instant laisser ensorcelés et en avons profité au maximum. Et somme toute, je crois que l’on a eu une assez bonne idée de la fabuleuse Istanbul… on vous donnera quelques conseils sur demande!
Ils étaient loins, ils seront proches!
Ils sont partis longtemps, Ils passeront en coup de vent!
En avril 2009, Céline et Gaël seront de retour pour un bref passage au Québec. Les billets d’avions sont déjà achetés!
Et quel meilleur prétexte pour vous changer les idées dans la grisaille pré-printanière qu’un souper dans le confort de votre demeure !
Nous espérons avoir la chance de vous y voir!















